Fondation des Clarisses Capucines
Source: Google Books

Marie Longa obtient un Bref du Pape, qui oblige les Capucins de continuer la conduite des Religieuses de sainte Marie de Jérusalem.
Cette illustre dame était Espagnole, et femme de Jean, Régent de la Chancellerie, et un des principaux de tout le royaume de Naples. Elle était devenue si débile de corps, et si serrée de ses nerfs, par la force d’un venin que lui avait donné une servante, qu’elle ne pouvait changer de place sans quelque soulagement [aide]. Elle mettait toute l’espérance de sa parfaite guérison au secours de la Vierge Sainte, et se fit porter à ce dessein dans son église de Lorette, avec une merveilleuse piété.
Lorsqu’elle y fut arrivée, à une heure où l’on ne disait plus de messes, bien qu’elle en demandât une avec un grand empressement, un prêtre inconnu, que personne n’avait jamais vu, monta à l’autel dans le dessein d’y célébrer la messe. Il la dit, avec des cérémonies extraordinaires, celle que l’Église ordonne pour les malades ; il y lut l’Évangile du paralytique, et après la messe, se tournant vers les assistants, il dit tout haut : « Remerciez Dieu de la santé qu’il accorde à Marie. » Cette dame trembla alors, et son tremblement s’étendit à toutes ses parties ; il cessa, et tout son corps redevenu libre, elle s’agenouilla devant l’autel, et y rendit ses remerciements à Dieu et à sa sainte Mère, d’une santé si miraculeuse. Elle fit ensuite chercher le prêtre qui avait célébré la messe, pour lui en témoigner sa reconnaissance, mais on ne le retrouva pas. D’où vient que tous crurent que Jésus-Christ lui-même avait dit cette messe, comme le souverain prêtre, pour rendre la santé à cette illustre malade.
Marie ne fut pas ingrate envers Dieu d’une faveur si considérable ; et après la mort de son mari, qui mourut peu de temps après un si grand miracle, elle s’appliqua si parfaitement aux œuvres de piété et au progrès des choses spirituelles, qu’elle donnait tous ses biens, qui étaient très amples, aux besoins des pauvres et au service de Jésus-Christ. Elle fonda ainsi à Naples, de ses revenus propres et de ceux qu’elle demandait à d’autres personnes animées de la même piété, un Hôpital des Incurables ; elle y établit un monastère de filles du Tiers-Ordre de saint François, sous la règle de sainte Claire toutefois, par l’autorité du Pape. Les Théatins, qu’elle avait reçus chez elle et à qui elle avait donné une maison voisine de l’Hôpital des Incurables, en avaient d’abord pris la conduite, mais s’en étaient dégagés l’année précédente, ayant changé de demeure. Elle obtint alors, à force de prières, que les Capucins, en attendant qu’on trouve d’autres directeurs pour ce monastère, veuillent bien en prendre la charge, au moins pour quelque temps. Cette dame avait fait tant de faveurs à l’Ordre qu’il ne pouvait lui refuser une reconnaissance si juste pour tant de bontés. Les Capucins prirent donc la direction de ces religieuses, et cette dame, qui renonçait au monde et professait leur même règle, fut obligée d’être supérieure de ces filles, sous le titre d’abbesse, par un commandement exprès du Pape Paul III. Animée par les discours et les exemples des Capucins qui dirigeaient son monastère, elle s’obligea peu après par vœu, avec les autres religieuses de sa maison et d’un commun consentement, à suivre la première et plus stricte règle de sainte Claire ; et toutes ces filles prirent le nom de Religieuses Capucines.
Marie jouit quelque temps de la conduite fort exemplaire des Capucins ; mais comme ceux-ci songeaient à se retirer, craignant que l’observance régulière qu’ils avaient si bien établie dans son monastère ne s’en trouve diminuée par leur éloignement, elle agit par des personnes mandatées auprès du Pape, si heureusement qu’elle obtint de lui, par un Bref Apostolique, qu’il engage les Capucins à continuer leur conduite — ce qu’elle obtint aisément de Sa Sainteté, comme on le voit dans la Bulle de Paul III, qu’on peut lire à la fin de cet ouvrage, avec toutes les autres bulles concernant les Capucins.
En vertu de cette Bulle, ils demeurèrent tenus au gouvernement de ce monastère, qu’ils conduisent encore aujourd’hui avec une merveilleuse piété. Cependant, Marie Longa fut éprouvée par Dieu par plusieurs graves maladies, qui la conduisirent jusqu’au terme de sa vie, et la rendirent fort considérable aux yeux de Dieu par l’exercice des plus éminentes actions de sainteté. Nous parlerons d’elle plus amplement à l’année de sa mort, qui fut celle de 1542.