B. Égide d’Assise : De la crainte
Source: Google Books (transcription)
La sainte crainte du Seigneur chasse toute crainte mauvaise, et protége ces biens que la langue ne saurait décrire et dont l’homme ne peut même pas s’imaginer avoir la possession ; mais ce don insigne de Dieu n’a pas été donné à tous : celui qui ne craint pas montre qu’il n’a rien à perdre.
La crainte de Dieu régit et gouverne l’homme, elle lui procure la faveur de son Seigneur ; s’il a cette faveur, la crainte la lui conserve ; s’il ne l’a pas, elle l’y fait parvenir. Toutes les créatures raisonnables qui sont tombées ne seraient jamais tombées, si elles eussent eu ce don. Ce don sacré est le partage des saints et des saintes. Quand un homme est élevé en grâce, il n’en est pas moins humble ni moins timoré pour cela, et la vertu qui attire le moins le regard des hommes n’est pas pour cela à ses yeux inférieure aux autres.
L’homme qui offense Dieu jusqu’à se rendre digne de mort, avec quelle sécurité peut-il paraître en sa présence ? Bienheureux celui qui se regarde en ce monde comme dans une prison, et se souvient toujours d’avoir offensé son Seigneur.
L’homme doit craindre beaucoup de son orgueil qu’il ne le jette dans le précipice. Ayez crainte en tout temps de vous-même et de votre semblable ; en tout temps tenez-vous en garde. Il n’y a point de sécurité parfaite pour l’homme tant qu’il habite au milieu de ses ennemis. Notre ennemi, c’est notre chair ; elle nous est toujours opposée, elle est toujours contraire à notre âme ainsi que les démons. L’homme doit donc avoir une plus grande crainte d’être vaincu par sa propre malice que par aucune autre chose du monde.
Ainsi il est impossible que l’homme puisse arriver à la grâce de Dieu ou y persévérer sans la sainte crainte, sans une sainte frayeur ; pour celui qui ne l’a pas, c’est un signe de perdition. Cette crainte fait obéir avec humilité et fléchir la tête jusqu’à terre sous le joug de la sainte obéissance. Plus un homme a cette crainte à un haut degré, plus il prie avec ferveur, et celui à qui la grâce de la sainte oraison a été donnée, n’a pas reçu une faveur médiocre. Les œuvres des hommes, quelque grandes qu’elles paraissent, ne doivent pas être appréciées selon l’estimation des hommes, mais selon l’estimation et le jugement de Dieu ; voilà pourquoi nous devons être en tout temps dans la crainte.