B. Égide d’Assise : De la persévérance
Source: Google Books (transcription)
« Que sert à l’homme de jeûner, de prier, de faire l’aumône, de se mortifier, d’avoir une grande estime du ciel, s’il n’arrive pas au port du salut ?
Quelquefois on voit apparaître sur la mer un navire magnifique, grand, d’une forme nouvelle et plein de trésors ; mais un danger se présente, il ne peut toucher au port et périt misérablement. A quoi ont servi la beauté et l’excellence de ce navire ?
Quelquefois aussi on voit au milieu des eaux un vaisseau sans apparence, petit et tombant de vétusté ; il n’attire en rien les regards, son changement n’est pas d’un grand prix, c’est à peine s’il peut soutenir les coups de la tempête ; cependant il entre heureusement dans le port, et cela seul lui donne une valeur considérable.
Ainsi en arrive-t-il aux hommes en ce monde ; tous doivent donc craindre avec raison. Quoique un arbre ait pris naissance, il n’est pas pour cela aussitôt grand ; et quand il serait grand, il ne serait pas chargé de fleurs aussitôt ; et quand il aurait des fleurs, il n’aurait pas des fruits en même temps ; et quand il aurait de fruits, ils ne seraient pas tout d’abord considérables ; et quand ils seraient considérables, ils ne seraient pas immédiatement parvenus à maturité ; et quand ils seraient mûrs, ils ne seraient pas encore sur le point d’être mangés. Plusieurs tombent, se pourrissent et deviennent la pâture des animaux. »
Quelqu’un lui dit un jour : « Que le Seigneur vous accorde de bien finir ! »
Égidius répondit : « En effet, de quoi me servirait de me nourrir du royaume des cieux pendant cent années, si je finissais mal ? Je regarde deux biens comme considérables pour l’homme : aimer Dieu, et se garder en tout temps du péché. Quiconque posséderait ces deux choses, aurait tous les biens en sa possession. »