« Loué soyez-Vous, mon Seigneur »

B. Égide d’Assise : De l’obéissance

Source: Google Books (transcription)

Plus un religieux est lié étroitement pour l’amour de Dieu au joug de l’obéissance, plus il produit de grands fruits. Plus un religieux est obéissant et soumis à son supérieur en vue de Dieu, plus entre tous les hommes il est pauvre et pur de tout péché.

Un religieux bien obéissant est semblable à un homme bien armé, à un soldat monté sur un bon cheval ; il passe sans crainte au milieu des ennemis, et nul ne peut lui faire le moindre mal.

Un religieux qui obéit avec murmure est semblable à un soldat désarmé et monté sur un mauvais cheval ; s’il vient à passer au milieu de ses ennemis, il tombe et devient leur proie.

Le religieux qui veut vivre selon sa volonté propre, veut aller au feu de l’enfer. Tant que le bœuf tient sa tête sous le joug, les greniers se remplissent de froment ; s’il est rendu à sa liberté, s’il peut errer çà et là, il semble être à ses yeux un grand maître, mais les greniers ne se remplissent plus.

Les hommes vraiment grands et sages placent humblement leur tête sous le joug de l’obéissance ; les sots, au contraire, l’en retirent, et dédaignent d’obéir.

Quelquefois une mère nourrit son fils et le prépare aux honneurs ; mais quand il est devenu grand, il refuse par orgueil de lui obéir, il la tourne en dérision et la méprise ; ainsi font plusieurs envers la religion leur mère.

Je regarde comme plus considérable d’obéir à son supérieur par amour pour Dieu, que d’obéir à Dieu même qui nous commande ; car quiconque obéit au représentant du Seigneur, se montre par là même prêt à obéir au Seigneur.

Celui qui place sa tête sous le joug de l’obéissance, et l’en retire ensuite sous prétexte de suivre la voie de la perfection, celui-là donne la preuve d’un grand orgueil secret. La bonne habitude est la voie à tout bien, et la mauvaise, la voie à tout mal.

Alors qu’un homme serait assez favorisé pour s’entretenir avec les anges, si cet homme était appelé par celui à qui il a promis obéissance, il devrait, selon moi, laisser là l’entretien des anges et se rendre à l’appel de celui à qui il est tenu d’obéir.

Le Seigneur lui-même a donné une preuve de cette vérité en la personne de frère André, mon très-pieux compagnon. Ce frère étant dans sa cellule appliqué à prier avec ferveur, Jésus-Christ lui apparut sous la forme d’un très-bel enfant, et il le remplit d’une indicible consolation, tant par la splendeur dont il était environné que par la familiarité dont il usait envers lui. Sur ces entrefaites, les Vêpres vinrent à sonner, et le pauvre religieux, ne sachant que faire, se décida enfin à laisser le Seigneur pour aller à l’office, en se disant qu’il valait mieux obéir à la créature pour l’amour du Créateur, et satisfaire ainsi l’une et l’autre. Il reconnut bientôt combien excellente avait été sa détermination ; les Vêpres terminées, étant retourné à sa cellule, il y trouva encore l’enfant Jésus, qui lui dit : « Si tu ne fusses allé au chœur, je m’éloignais tout de suite pour ne jamais revenir. »

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