B. Égide d’Assise : De la contemplation
Source: Google Books (transcription)
Comme nul ne peut s’élever à la vie contemplative sans s’être exercé avec fidélité et ferveur à la vie active, il faut donc apporter une grande sollicitude à cette dernière vie.
Celui-là serait un homme actif, dans le bon sens du mot, qui désirerait, si cela était en son pouvoir, nourrir tous les pauvres de ce monde, les pourvoir tous de vêtements, leur donner en abondance toutes les choses dont ils ont besoin, faire de même à toutes les églises et à tous les hôpitaux, enrichir tous les hommes, avec la prévision d’être ensuite traité lui-même par tous sans exception comme un méchant homme, avec le désir de n’être pas considéré autrement. Il serait, dis-je, actif dans la perfection du mot, si, en vue de ces mauvais traitements, loin de s’abstenir d’aucune bonne œuvre, il s’appliquait à toutes avec ardeur, avec zèle et sans interruption, sans attendre aucune récompense en ce monde.
Marthe était empressée à un service considérable, elle réclamait le secours de sa sœur ; le Seigneur la reprit, et cependant elle n’interrompit pas sa bonne œuvre. Ainsi l’homme vraiment voué à la vie active ne doit être détourné du bien par aucun reproche ni par aucun mépris, parce qu’il attend une récompense éternelle et non terrestre.
Nul ne peut arriver à contempler la gloire de la majesté divine autrement que par la ferveur de l’esprit et une fréquente oraison. L’homme est embrasé de la ferveur de l’esprit, et il s’élève à la contemplation, quand son cœur et ses membres sont disposés de telle sorte qu’il ne veut et ne peut penser autre chose que ce qu’il éprouve et ressent en cet exercice. Celui-là serait un bon contemplatif qui aurait perdu l’usage des pieds, des mains, des yeux, de l’odorat, de l’ouïe et de la langue au milieu du parfum délicieux, de la joie ineffable et de la douceur inestimable de sa contemplation ; qui ne s’inquièterait ni de ses membres, ni d’aucune autre chose sous le ciel, et ne désirerait rien avoir que ce qu’il possède et éprouve.
Ainsi Marie, assise aux pieds du Seigneur, goûtait une telle douceur à entendre la parole divine, qu’elle n’avait aucun membre qui pût ou voulût faire autre chose que ce qu’elle faisait alors. Aussi ne répondait-elle ni par une parole ni par un signe aux plaintes de sa sœur, et le Seigneur se fit son avocat en répondant pour elle, ce qu’elle ne pouvait faire ; elle sentait et approuvait ce qu’il exprimait : que la contemplation consiste à se séparer des hommes et à s’unir à Dieu seul.