« Loué soyez-Vous, mon Seigneur »

B. Égide d’Assise : De quelques autres enseignements de frère Égidius

Source: Google Books (transcription)

On trouve et l’on obtient beaucoup de grâces et de vertus dans l’oraison ; là en effet

  1. L’homme est illuminé en son esprit.
  2. Il est affermi dans sa foi.
  3. Il connaît ses misères.
  4. Il arrive à la crainte, il s’humilie et devient vil à ses yeux.
  5. Il parvient à la contrition.
  6. Ensuite viennent les larmes du repentir.
  7. Il se corrige en son cœur de ses fautes.
  8. Sa conscience se purifie.
  9. Il s’affermit dans la patience.
  10. Il se soumet à l’obéissance.
  11. Il arrive même à la vraie obéissance.
  12. Il trouve la science, puis l’intelligence.
  13. Il acquiert la force, la sagesse, la connaissance de Dieu, qui se manifeste à ceux qui l’adorent en esprit et en vérité.

Ensuite il s’enflamme dans l’amour, il court à l’odeur des parfums célestes, il en goûte l’ineffable suavité, il entre dans le repos de l’esprit, il est conduit à la gloire.

Or une fois que l’homme aura fixé ses lèvres sur la parole du Très-Haut, où l’âme trouve à se rassasier, qui pourra le séparer de l’oraison qui mène à la contemplation ? Mais pour arriver là, six choses, entre plusieurs, lui sont nécessaires :

  1. La considération de ses fautes passées, dont il devra se repentir.
  2. Une grande précaution contre les fautes présentes.
  3. La crainte des fautes à venir.
  4. La considération de la miséricorde divine qui attend l’homme sans se venger de ses péchés, alors que par ces péchés il est digne de la peine éternelle.
  5. L’attention aux bienfaits de Dieu, qui ne sauraient être expliqués, le bienfait de l’Incarnation, où il s’est fait chair pour nous, le bienfait de la Passion qu’il a endurée pour nous, le bienfait des enseignements qu’il nous a laissés, et de la gloire qu’il nous a promise.
  6. L’amour des choses que Jésus-Christ a aimées : la pauvreté, la nudité, la faim, la soif, le froid, le mépris des hommes, les humiliations, les fatigues, etc.

Quelqu’un demandait à Égidius pourquoi le mal croissait plus abondant que le bien dans l’homme ? Il répondit : « Depuis la malédiction la terre est plus portée à produire de mauvaises herbes qu’à en donner de bonnes ; cependant un laboureur assidu pourrait travailler de telle sorte, que les mauvaises herbes se montreraient à peine. »

Un autre l’interrogeait sur la prédestination. Il répondit : « J’ai assez du rivage de la mer pour me laver les pieds, les mains et tout le corps ; je regarde comme un insensé celui qui se tourmente à connaître ses profondeurs. Que j’aie la science suffisante pour bien régler ma vie, je ne cherche pas à savoir ce qui est au-dessus de moi. »

Puis il ajouta : « Vous devez demander à Dieu qu’il ne vous donne pas beaucoup de bien en ce monde, qu’il vous envoie de dures épreuves, et qu’il ne vous console pas beaucoup au milieu de vos peines, afin que votre récompense soit plus grande. »

Il disait encore : « L’homme connaîtra qu’il aime Dieu parfaitement, s’il apporte un grand empressement à s’éloigner du vice et à croître de jour en jour dans les bonnes œuvres.

Il y a plus de vertu à répondre à la grâce qu’à supporter avec patience la tribulation ; car nous en voyons plusieurs souffrir ainsi avec patience, et ne pas répondre à la grâce.

Le nom de frère Mineur signifie un homme qui se tient sous les pieds de tout le monde ; mais plus il s’abaisse, plus aussi il aura à être élevé.

Nous devons plus craindre les biens que les maux temporels, parce que le mal marche à la suite de l’homme, le bien, au contraire, lui barre la route.

Nous devons converser parmi les hommes de façon à ne pas perdre le bien que Dieu fait en nous, et nous efforcer de nous sauver avec le petit nombre ; souvent un homme sait nager, et cependant, s’il ne sait pas user de sagesse et de précaution pour aider celui qui est en danger au milieu des eaux, ils y trouvent la mort l’un et l’autre.

L’homme sera tenu de rendre compte même de la grâce qu’il n’a pas ; parce que, s’il travaillait avec zèle et sollicitude avec la grâce dont il a été comblé, il obtiendrait encore celle qu’il n’a pas.

Je veux vivre dans l’obéissance jusqu’à la mort, me placer sous les pieds de tous les autres, me reprendre et me châtier durement ; et, si la pensée me venait de retrancher quelqu’une de ces choses, je veux m’y astreindre en me liant, s’il le faut, le cou avec une chaîne. »

On lui demandait un jour ce qu’il pensait de saint François. Hors de lui-même en entendant prononcer ce nom du bienheureux François, il répondit : « On ne devrait jamais nommer un tel homme sans se sucer les lèvres de bonheur. Une seule chose a manqué à François, la force du corps ; s’il eût eu un corps aussi robuste que moi, le monde entier n’eût pu suivre ses traces. »

0%