« Loué soyez-Vous, mon Seigneur »

B. Égide d’Assise : De la sainte humilité

Source: Google Books (transcription)

On ne peut arriver à la connaissance et à l’intelligence de Dieu que par la vertu de la sainte humilité ; car le droit chemin pour monter, c’est de descendre.

Tous les dangers et toutes les chutes qui ont désolé la terre ne sont venus que de ce que l’homme a levé trop haut la tête, c’est-à-dire de ce que son esprit s’est enflé d’orgueil. La chute du démon précipité du ciel, celle de notre premier père, Adam, banni du Paradis pour son orgueilleuse désobéissance, le Pharisien de l’Évangile et plusieurs autres exemples semblables en sont autant de preuves.

Nous voyons, au contraire, que les plus grandes faveurs ont été accordées quand l’homme a courbé la tête, c’est-à-dire quand son esprit s’est humilié. L’exemple de la bienheureuse et très-humble Vierge Marie, celui du Publicain, celui du bon larron sur la croix, et une foule d’autres que l’Écriture nous présente, rendent cette vérité incontestable. Il serait donc heureux que nous puissions avoir suspendu au cou un pesant fardeau qui nous ployât continuellement la tête, c’est-à-dire qui nous portât à nous humilier sans cesse.

Un religieux disait un jour à Frère Égide : Dites-moi, mon père, quel est le moyen de fuir l’orgueil ? — Mon frère, répondit Frère Égide, rappelez-vous bien que jamais vous n’éviterez l’orgueil, qu’auparavant vous ne baissiez les yeux vers l’endroit où touchent vos pieds.

Considérez attentivement les bienfaits dont Dieu vous a comblés, alors vous reconnaîtrez que vous lui devez véritablement de courber la tête. Et puis, pensez à vos imperfections, aux péchés dont vous vous êtes rendu coupable ; certes, voilà bien de quoi vous humilier. Mais malheur à ceux qui veulent être honorés alors même qu’ils font le mal !

Celui-là possède un degré d’humilité, qui reconnaît en soi un principe opposé à son propre bien. Celui-là possède un degré d’humilité, qui rend à autrui ce qui lui appartient et qui ne cherche à rien s’approprier pour soi-même. Non, quelque bien et quelque vertu que nous rencontrions en nous-mêmes, jamais nous ne devons nous l’approprier, c’est à Dieu seul qu’il faut tout rapporter, à Dieu de qui découle toute grâce, toute vertu et tout bien.

Mais si nous trouvons en notre cœur le péché, les vices, les passions, pensons que tout ce mal ne procède que de notre propre fond, de notre propre malice. Heureux celui qui se reconnaît et qui s’estime vil devant Dieu et devant les hommes ! Heureux celui qui se juge et se condamne soi-même, sans juger ni condamner les autres ! Oui, car alors il lui sera donné d’échapper aux rigueurs du jugement dernier, de ce jugement terrible et éternel. Heureux celui qui se soumet humblement au joug de l’obéissance, et qui se laisse conduire par les autres, comme le firent les Apôtres eux-mêmes, avant et après le jour où le Saint-Esprit descendit sur eux !

Frère Égide disait encore : Quiconque veut acquérir et posséder dans la perfection le repos et la paix, doit regarder tous ses frères comme ses supérieurs, et se faire le serviteur et l’inférieur de tous. Heureux celui qui, dans ses actions et ses paroles, ne cherche pas le regard ni l’estime des autres, mais qui se tient avec simplicité dans les dispositions et les faveurs que Dieu a daigné lui départir ! Heureux celui qui sait cacher et conserver les révélations et les consolations divines dont il est favorisé ! car il n’est rien de si secret que Dieu ne révèle quand il lui plaît.

Quand vous seriez l’homme le plus parfait et le plus saint qui fût sur la terre, si vous vous estimez sincèrement le plus vil et le plus misérable des pécheurs, vous avez la véritable humilité. La sainte humilité ne sait pas discourir ; la bienheureuse crainte de Dieu ne sait point parler. Frère Égide comparait l’humilité à la foudre. De même, disait-il, que la foudre gronde terriblement, et qu’elle rompt, fracasse et consume tout ce qu’elle rencontre sur son passage, sans qu’ensuite on puisse rien trouver de sa propre substance ; ainsi l’humilité frappe, dissipe, brûle et consume toute malice, tout vice, tout péché, sans qu’ensuite on puisse rien trouver d’elle-même. L’humilité procure à celui qui la possède la faveur auprès de Dieu et la paix parfaite au milieu des hommes.

0%