B. Égide d’Assise : De la sainte crainte de Dieu
Source: Google Books (transcription)
Celui qui ne craint pas montre qu’il n’a rien à perdre. La sainte crainte de Dieu régit, gouverne et dirige l’âme ; c’est elle qui la conduit à la grâce.
Possédez-vous quelque faveur, quelque vertu divine, il n’y a que la sainte crainte qui puisse la conserver en vous. Vous sentez-vous privé de vertus et de grâces, c’est par la sainte crainte que vous les obtiendrez ; c’est elle qui vous y conduira.
Ceux qui sont tombés dans le péché n’auraient pas failli s’ils avaient eu la crainte de Dieu. Mais ce trésor précieux n’est accordé qu’aux parfaits ; car, plus on est parfait, plus on craint, plus on est humble. Heureux celui qui se considère en ce monde comme dans une prison, et qui se rappelle sans cesse l’énormité des fautes dont il s’est rendu coupable envers le Seigneur !
Nous devrions craindre toujours de nous voir précipités par l’orgueil de l’état de grâce où nous nous trouvons. Les attraits de ce misérable monde et notre propre chair, qui s’unit elle-même aux démons pour combattre notre âme, sont nos plus cruels ennemis ; nous ne pouvons jamais être en sûreté tant que nous sommes exposés à leurs attaques. L’homme a bien plus à craindre de se voir trompé et vaincu par sa propre malice que par tout autre ennemi.
Il est impossible que sans la sainte crainte on puisse parvenir jusqu’à la grâce et à la vertu, et surtout qu’on puisse y persévérer. Quiconque n’a pas la crainte de Dieu est en danger de périr et de tout perdre. C’est cette crainte qui rend l’homme humble et qui lui fait ployer la tête sous le joug de l’obéissance. Plus il la possède, plus sa prière est fervente, et il doit s’estimer bien heureux s’il a reçu le don de la prière.
Les actions vertueuses, quelque estimables qu’elles nous paraissent, ne sont cependant pas comptées ni récompensées à proportion de l’estime que nous en faisons. C’est Dieu qui en est seul le juge ; et lui, il considère moins la violence de nos efforts que celle de notre amour et de notre humilité. Le plus sûr parti pour nous est donc d’aimer et de craindre avec humilité, de ne jamais compter sur nous-mêmes, et de nous défier des pensées qui s’élèvent dans notre esprit sous l’apparence du bien.