« Loué soyez-Vous, mon Seigneur »

De certains autres moyens dont plusieurs personnes se servent dans la prière, et qui consistent en une foule de cérémonies diverses

Source: Google Books

On voit un grand nombre d’âmes s’adonner à d’inutiles joies, et se laisser dominer par l’esprit de propriété, au sujet des objets et des lieux de dévotion dont nous avons parlé. Mais au milieu de ces imperfections, elles conservent une sorte de bonne foi, qui les rend excusables jusqu’à un certain point.

Cependant, quelques-unes d’entre elles ont un attachement si exagéré pour une foule de cérémonies inventées par des gens peu éclairés, et dépourvus de la simplicité de la foi, que cela devient tout à fait insupportable.

Laissons de côté pour l’instant ces pratiques ridicules, dans lesquelles on fait usage de certains mots extraordinaires, ou d’expressions insignifiantes. Ne parlons pas non plus de ces gestes, et de ces simagrées profanes, que des gens superstitieux, d’une conscience grossière et suspecte, entremêlent d’ordinaire à leurs prières. Tout cela est évidemment mauvais, et il y a péché à s’y livrer ; parfois même on ne le fait qu’en vertu d’un pacte secret avec le démon ; aussi cette manière d’agir, loin de provoquer la miséricorde de Dieu, excite-t-elle sa colère.

Je me borne à parler de certaines personnes, assez nombreuses aujourd’hui, qui tout en ne mêlant pas à leurs exercices religieux des cérémonies aussi suspectes, adoptent cependant d’autres superstitions avec une dévotion fort indiscrète. Elles attachent une foi et une importance démesurées aux détails vétilleux dont elles accompagnent leurs prières et toutes leurs dévotions. S’il y manque un iota, ou si on dépasse les limites fixées par leur caprice, tout est perdu, et il leur semble que Dieu restera sourd à leurs supplications. Leur confiance, au lieu de s’appuyer sur la ferveur de la prière, se base exclusivement sur ces cérémonies superflues. Une pareille conduite constitue une grave injure et une grande irrévérence envers la Majesté divine.

Faut-il citer quelques exemples ? la messe doit être célébrée avec un certain nombre de cierges, ni plus ni moins ; offerte par tel ou tel prêtre, à un jour fixe, sans anticiper ni retarder l’heure. S’agit-il d’un autre acte religieux, il faut l’accomplir à une époque précise, y joindre tel nombre d’oraisons et de stations, l’exécuter dans telle ou telle situation du corps, avec des rubriques déterminées, et cet ordre doit être scrupuleusement gardé sans aucun changement. Il faut encore que la personne députée pour ce ministère, jouisse de certaines prérogatives ou de certaines qualités.

Si par hasard une seule chose vient à manquer à cet étrange cérémonial, tout est perdu au jugement de ces personnes, qui s’assujettissent ainsi à mille absurdités. Mais ce qui est plus intolérable encore, c’est la sotte prétention de plusieurs, qui après la récitation de ces oraisons superstitieuses, veulent ressentir aussitôt les effets de leurs prières, et voir leurs désirs s’accomplir sans retard. C’est là tenter Dieu et attirer sa juste indignation. C’est aussi fournir au démon une belle occasion de tromper les âmes, en leur suggérant des sentiments et des lumières tout à fait opposés à leur avantage spirituel.

Certes, leur attachement obstiné à ces préjugés ridicules mérite bien un semblable châtiment. Elles y recherchent la satisfaction de leur amour-propre, plutôt que l’accomplissement du bon plaisir divin ; et comme elles n’ont pas placé toute leur confiance en Dieu, jamais elles ne retireront aucun profit de leurs exercices religieux.

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