Comment on doit diriger vers Dieu la joie et l’intensité de la volonté dans ces exercices de dévotion
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Plus une personne est engouée de ces vaines cérémonies, moins elle témoigne de confiance en Dieu, et moins aussi ses prières ont d’efficacité. Il en est qui font passer leurs prétentions personnelles avant les intérêts de la gloire de Dieu. Bien qu’au fond, ces gens-là n’ignorent pas que la réalisation de leurs vœux est toujours subordonnée à la volonté divine; cependant l’esprit de propriété dont ils sont imbus, et la vaine joie qui les anime, les portent à multiplier outre mesure leurs prières, pour obtenir l’effet de leurs demandes. Ils feraient bien mieux de donner un autre but à leurs supplications, et de s’occuper de choses plus importantes pour eux, comme d’obtenir une grande pureté de conscience, et l’intelligence des affaires du salut éternel. Toutes les autres faveurs en dehors de celles-ci doivent être reléguées au second rang.
D’ailleurs, en demandant l’essentiel, on obtient également tout le reste, plus tôt et mieux, que si on avait employé à l’acquérir toute l’énergie de ses désirs. Le Seigneur l’a ainsi promis. : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice et toutes ces choses vous seront données par surcroît.
Telle est la prière la plus parfaite à ses yeux, et rien n’est plus propre à faire agréer nos souhaits que de solliciter avant tout l’accomplissement de la divine volonté. Alors non seulement il nous comblera des grâces nécessaires pour opérer notre salut, mais encore il nous dispensera les biens qu’il sait nous être les meilleurs, et nous convenir le mieux, quand même nous n’aurions pas prié à cette intention.
David nous le fait comprendre dans un psaume : Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent en vérité . Or ceux-là l’invoquent en vérité, qui lui demandent les dons les plus élevés, en d’autres termes les grâces du salut. Le Prophète royal, en parlant d’eux ajoute aussitôt : *Il accomplira la volonté de ceux qui le craignent; il exaucera leurs prières, et il les sauvera. Le Seigneur garde tous ceux qui l’aiment.
Cette expression : Dieu est proche, signifie la disposition où il est d’écouter leurs demandes et de satisfaire leurs désirs, ceux même qu’ils n’avaient pas songé à formuler.
Il est rapporté au livre des Paralipomènes, que Salomon, après avoir prié le Seigneur de lui accorder la grâce qu’il savait être la plus conforme à son bon plaisir, c’est-à-dire la sagesse, afin de gouverner son peuple suivant les lois de l’équité, entendit cette réponse : Puisque votre cœur a préféré la sagesse à tout autre chose, et que vous ne m’avez point demandé des richesses ni de grands biens, ni la gloire, ni la vie de ceux qui vous haïssent, ni même de longs jours, et que vous m’avez demandé la sagesse et la science, afin de pouvoir gouverner mon peuple sur lequel je vous ai établi roi, la sagesse et la science vous sont accordées, et je vous donnerai de plus les honneurs, la prospérité et la gloire; jamais roi, avant ni après vous, ne pourra vous être comparé.
Dieu fidèle à sa promesse, réduisit tous les ennemis du roi d’Israël à lui payer tribut, et tous les peuples voisins s’honoraient de vivre en paix avec lui. La Genèse nous offre un exemple semblable : Abraham avait demandé à Dieu de multiplier la postérité d’Isaac son fils légitime. Or cette prière plut au Seigneur, qui lui promit de la rendre aussi nombreuse que les étoiles du firmament, puis il ajouta : Je ne laisserai pas néanmoins de rendre le fils de votre servante chef d’un grand peuple, parce qu’il est sorti de vous.
Ces diverses citations mettent une fois de plus en évidence, la nécessité de consacrer à Dieu seul l’énergie et la ferveur de la volonté dans tous nos actes religieux, et de ne pas chercher à nous appuyer sur certaines pratiques cérémonieuses, que l’Église catholique désapprouve et dont elle ne fait pas usage. Laissez donc aux prêtres la liberté d’offrir le saint sacrifice, comme il convient et selon les règles de la liturgie, et ne vous mêlez pas d’introduire des innovations. Prétendriez-vous avoir plus de lumières que l’Esprit-Saint et que l’Église inspirée par lui ? Si, en suivant cette voie toute simple, vous n’êtes pas exaucés de Dieu, ne croyez pas l’être davantage en multipliant vos puériles inventions.
Quant aux autres cérémonies qui consistent à réciter des prières, et à se livrer à divers exercices de piété, il ne faut pas s’attacher à des méthodes, à des formules différentes de celles qui nous sont enseignées par le Christ et par ses Vicaires. Lorsque les disciples supplièrent le divin Maître de leur apprendre à prier, lui qui connaissait si parfaitement la volonté du Père éternel, leur transmit, sans nul doute, ce qui était le plus capable de l’incliner à écouter favorablement nos prières. Or il s’est contenté de leur apprendre les sept demandes du Pater noster, où se trouvent exprimés tous nos besoins spirituels et temporels. Il n’ajouta pas à cette instruction une quantité de formules, ni de cérémonies; loin de là, dans une autre circonstance, il leur prescrivit de ne pas user de beaucoup de paroles dans leurs prières… car votre Père céleste connaît bien toutes vos nécessités.
Notre-Seigneur leur recommanda encore avec instances de persévérer dans la prière, c’est-à-dire dans la récitation de l’Oraison dominicale : Il faut toujours prier, et ne point se lasser. Ainsi, vous le voyez, il ne nous a pas appris à varier nos demandes, mais il veut que nous réitérions souvent les mêmes avec ferveur et attention. Les quelques mots du Pater résument, en effet, tout ce qui est conforme à la volonté de Dieu et utile pour nous.
Le Sauveur du monde a lui-même suivi ce conseil lorsque, dans l’angoisse de son agonie au jardin de Gethsémani, il s’adressa à son Père et répéta trois fois les mêmes paroles : Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi : néanmoins que votre volonté se fasse, et non la mienne.
A ce précepte Notre-Seigneur en a joint un second, sur les règles extérieures à garder dans la prière, il nous en a signalé deux principales : d’abord nous retirer dans le secret de notre demeure où, à l’abri du tumulte et de tout regard humain, nous pourrons prier avec un cœur plus pur et plus dégagé. Lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre; et la porte en étant fermée, priez votre Père dans le secret. En second lieu, il nous conseille de fuir sur les montagnes et dans les déserts à son exemple, pour consacrer à la prière les heures les plus opportunes et les plus silencieuses de la nuit.
Ainsi donc rien de particulier dans nos prières; pas d’expressions équivoques, ni de cérémonies différentes de celles dont l’Église a autorisé l’usage. Toutes les prières, je le répète, ne sont-elles pas renfermées dans les demandes si succinctes du Pater noster ?
Je suis loin de condamner les personnes qui se proposent certains jours déterminés pour remplir leurs dévotions, faire des neuvaines ou se livrer à d’autres pratiques pieuses, mais ce qui me semble blâmable, c’est la conduite de ceux qui se restreignent avec opiniâtreté aux formalités exclusives du temps, du lieu et de la manière. Judith ne reprochait pas autre chose aux habitants de Béthulie, lorsqu’elle les reprit d’avoir fixé à Dieu la limite dans laquelle ils espéraient recevoir l’effet de ses miséricordes. Et qui êtes-vous pour tenter le Seigneur ? Ce n’est pas là le moyen d’attirer sa miséricorde, mais plutôt d’exciter sa colère et d’allumer sa fureur.