« Loué soyez-Vous, mon Seigneur »

Extraits

Carnet jaune, 6 avril: Quand nous sommes incomprises et jugées défavorablement, à quoi bon se défendre, s’expliquer ? Laissons cela tomber, ne disons rien, c’est si doux de ne rien dire, de se laisser juger n’importe comment !

Nous ne voyons point dans l’Evangile que Ste Madeleine se soit expliquée quand sa soeur l’accusait de se tenir aux pieds de Jésus sans rien faire.

Elle n’a point dit : « O Marthe, si tu savais le bonheur que je goûte, si tu entendais les paroles que j’entends! Et puis, c’est Jésus qui m’a dit de rester là. » Non, elle a préféré se taire. O bienheureux silence qui donne tant de paix à l’âme !


Carnet jaune, 6 avril: O mon Dieu que vos jugements sont différents de ceux des hommes! C’est ainsi que nous nous trompons souvent sur la terre, prenant pour imperfection dans nos soeurs ce qui est mérite devant vous!


Carnet jaune, 27 mai: Je vois toujours le bon côté des choses. Il y en a qui prennent tout de manière à se faire le plus de peine.

Pour moi, c’est le contraire. Si je n’ai que la pure souffrance, si le ciel est tellement noir que je ne voie aucune éclaircie, eh bien ! j’en fais ma joie… J’en fais… jabot [j’en fais ma gloire] ! comme des épreuves de papa qui me rendent plus glorieuse qu’une reine.


Carnet jaune, 4 juin: Je voudrais pourtant bien avoir une belle mort, pour vous faire plaisir. Je l’ai demandé à la Sainte Vierge. Je ne l’ai pas demandé au bon Dieu, parce que je veux le laisser faire comme il voudra. Demander à la Sainte Vierge, ce n’est pas la même chose. Elle sait bien ce qu’elle a à faire de mes petits désirs, s’il faut qu’elle les dise ou ne les dise pas… enfin, c’est à elle de voir pour ne pas forcer le bon Dieu à m’exaucer, pour le laisser faire en tout sa volonté.


Carnet jaune, 6 juin: Mr Youf m’a dit encore : «Êtes-vous résignée à mourir?» Je lui ai répondu : «Ah! mon Père, je trouve qu’il n’y a besoin de résignation que pour vivre. Pour mourir, c’est de la joie que j’éprouve.»


Carnet jaune, 22 juin: Comme je comprends bien la parole de Notre Seigneur à N.M. Ste Thérèse : «Sais-tu, ma fille, ceux qui m’aiment véritablement? Ce sont ceux qui reconnaissent que tout ce qui ne se rapporte pas à moi n’est que mensonge.»


Carnet jaune, 3 juillet: Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je sais bien que cette tristesse est la conséquence de mon infidélité. Mais croyez-vous que j’en reste là ? ! Oh ! non, pas si sotte ! Je m’empresse de dire au bon Dieu : Mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même, comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir.


Carnet jaune, 5 juillet: Il m’arrive bien aussi des faiblesses, mais je m’en réjouis. Je ne me mets pas toujours non plus au dessus des riens de la terre ; par exemple, je serai taquinée d’une sottise que j’aurai dite ou faite. Alors je rentre en moi-même et je me dis : Hélas ! j’en suis donc encore au même point comme autrefois ! Mais je me dis cela avec une grande douceur et sans tristesse. C’est si doux de se sentir faible et petit !


Carnet jaune, 6 juillet: Je pense que pour ma mort, ce sera la même patience à avoir que pour les autres grands événements de ma vie. Regardez : je suis entrée jeune au Carmel, et pourtant, après que tout a été décidé, il a fallu attendre 3 mois ; pour ma prise d’Habit, la même chose ; pour ma Profession, la même chose encore. Eh bien, pour ma mort, il en sera de même, elle arrivera bientôt, mais il faudra encore attendre.


Carnet jaune, 15 juillet: Souvent, sans le savoir, les grâces et les lumières que nous recevons sont dues à une âme cachée, parce que le bon Dieu veut que les Saints se communiquent les uns aux autres la grâce par la prière, afin qu’au Ciel ils s’aiment d’un grand amour, d’un amour bien plus grand encore que celui de la famille, même la famille la plus idéale de la terre.

Combien de fois ai-je pensé que je pouvais devoir toutes les grâces que j’ai reçues aux prières d’une âme qui m’aurait demandée au bon Dieu et que je ne connaîtrai qu’au Ciel.


Carnet jaune, 15 juillet: Au Ciel on ne rencontrera pas de regards indifférents, parce que tous les élus reconnaîtront qu’ils se doivent entre eux les grâces qui leur ont mérité la couronne.


Carnet jaune, 17 juillet: Je sens que je vais entrer dans le repos… Mais je sens surtout que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l’aime, de donner ma petite voie aux âmes.

Si le bon Dieu exauce mes désirs, mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde.

Oui, je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. Ce n’est pas impossible, puisqu’au sein même de la vision béatifique, les Anges veillent sur nous.


Carnet jaune, 17 juillet: Je ne puis pas me faire une fête de jouir, je ne peux pas me reposer tant qu’il y aura des âmes à sauver… Mais lorsque l’Ange aura dit : «Le temps n’est plus!» alors je me reposerai, je pourrai jouir, parce que le nombre des élus sera complet et que tous seront entrés dans le joie et le repos. Mon coeur tressaille à cette pensée…


Carnet jaune, 18 juillet: … Le bon Dieu ne me donnerait pas ce désir de faire du bien sur la terre après ma mort, s’il ne voulait pas le réaliser ; il me donnerait plutôt le désir de me reposer en lui.


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